ECRITEURA

ÉCRITURE

Quand on veut écrire le patois (francoprovençal) on a deux possibilités: la transcription ou l’écriture.

Ces deux possibilités répondent à deux philosophies différentes. Notre choix dépend du but que nous poursuivons.

Si notre intention est celle de mettre en évidence la prononciation de notre variante locale alors nous choisirons la transcription, si notre but est celui de mettre en évidence le contenu du message, la signification des mots plutôt que leur prononciation alors nous choisirons la voie de l’écriture.

On ne peut pas prétendre qu’un système pensé pour mettre en évidence la prononciation des mots soit efficace pour la signification ou qu’un système pensé pour mettre en évidence la signification des mots soit efficace pour la prononciation.

Sur une ligne qui représente, à gauche la philosophie de transcription poussée à l’extrême, à droite la philosophie d’écriture poussée à l’extrême, on peut placer les différents systèmes, selon le degré d’appartenance à l’une ou l’autre des philosophies.

Selon le cas, même si appartenant à deux philosophies opposées les systèmes peuvent parfois se rencontrer.

IPA           Conflans               BREL                      NDPV        Cerlogne          ORB
<———————————————————————————->
|—-systèmes de transcription——|———systèmes d’écriture——-|

A l’extrémité gauche il y a les systèmes de transcription proprement dits, les alphabets phonétiques (API/IPA, Rousselot-Gilliéron etc.). Voilà un exemple en Alphabet Phonétique International pour la transcription du mot “moulins”:

mul’ǝ˜
mǝl’ǝ˜
mol’ɪ˜ŋ
mol’in

Il est évident que ce système, bien que excellent pour mettre en évidence toutes les nuances de la prononciation d’une variante locale ne peut pas être utilisé pour écrire “normalement”. Il faut alors faire recours à des systèmes de transcription “simplifiés”. Voyont la différence avec le système BREL.

mouleun
meleun
molén
molìn

ou Conflans:

mouleun
meuleun
molén
molïn

Il est évident que ces systèmes peuvent de manière efficace rendre la prononciation des variétés locales, mais le message est incomplet.

Voyons le même exemple avec les systèmes Cerlogne/NDPV:

molin

Ce système a une vocation littéraire, cherche alors à réduire les différences entre un patois et l’autre et à écrire de la même manière le même mot prononcé de façons différentes.

Si ces système peuvent être déjà placés parmi les systèmes unificateurs l’information fournie par le “message” est encore incomplète, car le mot à écrire est au pluriel et, avec les systèmes utilisés jusque là, on n’arrive pas à distinguer le singulier du pluriel. Voyons avec le système ORB.

molins

Ce système permet une parfaite compréhension du message, mais ne permet pas de comprendre la prononciation du mot dans le patois écrit par l’auteur du message.

Liste des systèmes:
Conflans
BREL
NDPV
On retrouve ce système dans Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1967-1982; Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1984; Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1997; Vautherin Raymond 2007; et, en principe, dans les écrits de Chenal ou de Vautherin, sauf quelques publications plus ancienne, comme Vautherin 1961, où le système utilisé suit un principe phonétique.
En particulier, dans Chenal-Vautherin 1982,  p. 5 (Notes sur notre modèle de transcription ortographique [sic]), on peut lire “Il est impensable de demander à un écrivain, quelle que soit la langue qu’il illustre, d’utiliser de telles méthodes [phonétique ou phonologique]. Dans la plupart des cas il ne saurait pas en faire usage; dans la plupart des cas le destinataire ne saurait pas “lire”, donc “comprendre”.
L’écrivain (poète ou prosateur), doit se servir de la méthode traditionnelle de transcription, celle dite orthographique, que l’on enseigne à l’école. Cette option n’a malheureusement pas d’alternative et crée des problèmes.”

L’orthographe pour Chenal-Vautherin 1982,  p. 5 doit être établi par les grammairiens.

“Si l’on modifiait l’ortographe [sic] de toute langue selon les “caprices” du changement phonétique on se retrouverait avec dans les mains une poignée de mouches. On ne décoifferait plus la somme du génie [du peuple] et l’apport du passé, […]” (Chenal-Vautherin 1982,  p. 6).

Chenal et Vautherin disent ne pas avoir choisi un système de transcription étroite ni large, ni d’avoir essayé de concilier les exigences de l’écrivain et du scientifique par une leur invention “[…] capable (en fait incapable) de ménager la chèvre et le choux. Il se sont simplement donnés comme mission de conserver ce qu’il était juste et bien de conserver. C’est dans la graphie de Cerlogne que s’est exprimé le meilleur de notre littérature dialectale. […]
La graphie de Cerlogne est simple, concise, élégante, rationnelle. Elle est “francophone” et valdôtaine.” (Chenal-Vautherin 1982,  p. 7).

Les auteurs font le choix de ne pas “[…] appesantir outre mesure la lecture et compromettre ainsi la compréhension, par un nombre trop élevé de signes diacritiques, car notre graphie se veut littéraire, et non pas scientifique.” (Chenal-Vautherin 1982,  p. 7).

“La prononciation est donc laissée à la compétence linguistique du sujet parlant.” (Chenal-Vautherin 1982,  p. 7).

Caractéristiques du système NDPV:

ill, lli (et -il en finale, ex. reuil) = ll mouillées
in  = un français, i nasalisé en Basse-Vallée
“Nous avons opté pour in parce qu’il représente un rappel étymologique, permettant souvent de faciliter la compréhension à un francophone non franco-provençal.”(Chenal-Vautherin 1982,  p. 8).
en = in di français actuel
“Nous avons conservé le graphisme en cerlognien pour des raisons étymologique. […] pourquoi nous devrions modifier une convention graphique d’un son de chez-nous qu’i n’a pas évolué, quand le français ne l’a pas fait pour un son qui chez lui  a évolué.”
ts = ts et tch “Un même graphisme suffit pour les deux allophones”, (Chenal-Vautherin 1982,  p. 8)
dz = dz et dj “Un même graphisme suffit pour les deux allophones”, (Chenal-Vautherin 1982,  p. 8)
Le n intervocalique est réalisé toujours de la même façon. ex. cina, même s’il est prononcé différemment.
“q non suivi de u est utilisé pour les mots qui en français commencent par cai, co, cou, chi, cu […] Nous avons maintenu cette finesse cerlognienne. “Un même graphisme suffit pour les deux allophones”, (Chenal-Vautherin 1982,  p. 9)
et et est à cause de l’occurrence très haute du mot.
un t pour désambiguiser bien de situations.
“L’infinitf des verbes de la première conjugaison (-er français) se termine dans notre graphie par un simple é, selon l’usage traditionnel de tous nos écrivain dialectaux.” “Un même graphisme suffit pour les deux allophones”, (Chenal-Vautherin 1982,  p. 8-9)
Accent d’intensité seulement pour le a tonique final en syllabe libre.

Pour les auteurs il faut un “effort d’abstraction” pour adapter cette graphie à la prononciation de leur patois, mais il ne font pas trop de confiance aux valdôtain… “Il semble bien que les Valdôtains soient incapables de faire autant.” (Chenal-Vautherin 1982,  p. 9).

Adaptations

aou / eui
-u / -i  pas nécessaire

“On demande alors simplement à une minorité d’accepter une convention supplémentaire pour satisfaire aux besoins de compréhension de la majorité.
Disons qu’une graphie dialectale la plus unitaire possible est un liant pour le Valdôtains, toujours si désunis. La diversité phonétique de notre dialecte, si riche et si intéressante, n’en subira pas le moindre ennui.” (Chenal-Vautherin 1982,  p. 10-11)

Cerlogne
ORA
ORB

Définitions:
philosophie
système
cas
transcription
transcription simplifiée
écriture

Bibliographie:

Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1967-1982, Nouveau dictionnaire de patois valdôtain, vol. I-XII.
Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1982, Notes sur notre modèle ortographique [sic], in Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1982, Nouveau dictionnaire de patois valdôtain, vol. XII, Ti-Z, Tipo-offset Musumeci, Aoste.
Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1984, Nouveau dictionnaire de patois valdôtain, Dictionnaire Français-Patois, Industrie Grafiche Editoriali Musumeci S.p.A., Quart – Aoste.
Chenal Aimé – Vautherin Raymond 1997, Nouveau dictionnaire de patois valdôtain, Musumeci Éditeur, Quart (Vallée d’Aoste).
Vautherin Raymond 1961, Lo Cardeleun (Le Chardonneret), Recueil de poésies en patois valdôtain d’Aymavilles, Imprimerie E. Duc, Aoste.
Vautherin Raymond 2007, Lo Dichonéro di Petsou Patoésan, Assessorat de l’éducation et de la culture de la Région Autonome Vallée d’Aoste, Musumeci Éditeur, Quart (Vallée d’Aoste).

TO BE CONTINUED…

Trama’ lé machine, lo dzor ___ dé 8:00 am oué, tanque a la fén di traval pé poulità la nèi (Tramar les machines, lo dzor ___ de 8:00 am oures, tanque a la fin dis travails per poulitar la nèi)
Cette feuille a été affichée en janvier 2016 dans la commune de Valtournenche. Le message a été écrit en système BREL qui rend assez bien la prononciation locale. L’apostrophe est dû au problème de recherche de symboles dans l’ordinateur. Le mot oué ‘heures’, avec signe diacritique fermé est une erreur pas voulue même si rend mieux la prononciation du “é” de cette variante. L’accent tonique est sur la première syllabe de ce mot bisyllabique donc, selon le système BREL, oue.
[cml_media_alt id='357']Tramà_lé_machine[/cml_media_alt]

La Féa de Sent’Oo (La Feira de Sent Ors)
Cet affiche présente un système d’écriture qui semble être le BREL, la chute du r intervocalique (*féra) et la vocalisation du r final (*or(s)) n’étant pas représentés dans le système Cerlogne ou Chenal-Vautherin. On peut considérer une erreur l’apostrophe car la forme “Sen(t)”, masculine, n’a pas de voyelle finale qui s’élide. On peut imaginer que cette dernière partie a été écrite en pensant à l’italien “Sant’Orso”, où la forme “santo” possède une voyelle finale au masculin. La forme correcte devrait être, selon ce même système, “Sent Oo”.
[cml_media_alt id='346']locandina-serata-sant-orso-2016-650[/cml_media_alt]

Un article sur La Stampa à propos de la présence du patois dans à la télé, voir la photo ci-dessous:[cml_media_alt id='333']LaStampa_2016_02_19_300px[/cml_media_alt]

Lo ratelë (Lo rahteler)
Photos du 16 décembre 2015. Le “ë”, pour un “ẹ” fermé ou un “i” est une caractéristique des systèmes d’écriture Cerlogne et Chenal-Vautherin. En système BREL ce symbole n’existe pas. On le trouve dans certains système d’écriture pour le francoprovençal du Piémont pour indiquer un [ǝ]. Les autres mots: “toque de pan” et “pan ner”, peuvent être associés à plusieurs systèmes.
[cml_media_alt id='374']rateler_pan ner_toque de pan_Modif[/cml_media_alt]

Avant d’arpae (Devant que arpar/inarpar(?))
L’interprétation difficile, je crois qu’il s’agit de “fanta-patois”, du patois imaginé par des non-patoisants.
[cml_media_alt id='361']AvantDArpae_Modif[/cml_media_alt]

Lo Fourquin (Lo Forquin)
La finale -in utilisée pour [in, én, eun(?)][cml_media_alt id='363']LoFourquin_Modif[/cml_media_alt]

Val d’Outa (Val d’Ouhta)
Lo patouè in poleteca. Système de transcription BREL.
[cml_media_alt id='364']NationValDOuta_Modif[/cml_media_alt]

L’abro de la leunna (L’abro de la leuna)
La force de l’accent tonique peut allonger la syllabe (voyelle ou consonne). Le système de transcription BREL permet de mettre en évidence cet allongement.
[cml_media_alt id='366']LAbroDeLaLeunna_Valsavarenche_Modif[/cml_media_alt]

TO BE CONTINUED…